2. F1. Comment devenir une ville des droits humains

Le concept de “ Ville des droits humains ” a été lancé par l’association People’s Movement For Human Rights Learning (PDHRE). Cette ONG, basée à New York, s’est donné pour objectif d’éduquer aux droits humains afin de créer une citoyenneté informée et active, déterminée à placer les droits humains au centre de la Cité.

L’idée est de fonder le mode de fonctionnement de la ville sur la philosophie de la Déclaration universelle des droits de l’Homme (DUDH), en faisant de chaque habitant, quels que soient ses origines, son statut social, ses croyances, un acteur à part entière de la vie communale, doté de droits et de devoirs.

Cette initiative est axée sur la lutte contre les discriminations, mais aussi sur les droits économiques et sociaux tels que l’accès à l’eau, au logement, à la santé, à l’emploi décent et à l’éducation. Elle s’appuie sur des actions d’information, de sensibilisation et d’éducation aux droits humains, au sein de la municipalité (administration communale, police, services sociaux), et du grand public.

Rosario, en Argentine, est la première municipalité à s’être déclarée “Ville des droits humains”, en 1997. Aujourd’hui, l’initiative regroupe une vingtaine de villes, dont Washington (Etats-Unis), Porto Alegre (Brésil), Musha (Rwanda), Thiès (Sénégal), Kati (Mali), Nagpur (Inde), ou encore Graz (Autriche) – voir fiche : “Graz (Autriche), Ville des droits humains”. Mais à ce jour, aucune ville belge n’en fait partie.

La philosophie

L’association PDHRE n’octroie pas à proprement parler le titre de “Ville des droits humains”. Ce sont les responsables communaux et les habitants qui décident de s’engager dans ce processus. Le PDHRE intervient comme conseiller et partage son expérience d’éducation aux droits humains avec les initiateurs du projet.

«L’idée est de faire en sorte que les villes s’approprient le projet et qu’elles utilisent l’éducation aux droits humains comme stratégie du développement économique, sociétal et humain», nous explique Shulamith Koenig, la créatrice du concept. (1)

«L’important n’est dès lors pas que la ville respecte une série de critères formels, mais plutôt qu’elle démontre sa volonté de faire des droits humains une manière de vivre dans la cité», poursuit-il. Elle doit aussi promouvoir la participation des habitants afin que ceux-ci soient réellement les détenteurs et acteurs du projet.

Note

(1) Interviewé par Jean-Paul Marthoz, par courriel, le 16/09/2010

La procédure

Pour devenir une Ville des droits humains, le PDHRE recommande un parcours en cinq étapes :

  1. Constituer un comité de pilotage, représentatif de la population et indépendant de la municipalité, même si des élus peuvent en faire partie ;
  2. Faire l’état des lieux des droits humains dans la ville. Identifier les problèmes, les bonnes pratiques, les rôles spécifiques des institutions et des associations. Cet exercice comprend, par exemple, une étude de la localisation des écoles, hôpitaux, commissariats et services communaux, car la géographie urbaine est très souvent le reflet des “rapports de pouvoir”, des inégalités sociales et des discriminations au sein de la ville.
    Elaborer, notamment sur base de ce “mapping” municipal, un plan d’action concret de respect et de promotion des droits humains, assorti de programmes de formation et de sensibilisation ;
  3. Mettre en œuvre le plan d’action, en amenant toutes les institutions et associations concernées à revoir leurs mission et activités en fonction d’une approche droits de l’Homme. L’objectif est également de préparer les acteurs de la société à prendre part à l’élaboration des politiques communales, et en particulier à la discussion d’un budget participatif (voir Fiche Budgétisation participative)
  4. Evaluer les politiques mises en œuvre et proposer des améliorations ;
  5. Faire connaître les actions de la Ville des droits humains aux niveaux régional, national et international.

Source & pour en savoir plus

Personne de contact

Dr. Klaus Starl
European Training and Research Centre for Human Rights and Democracy
A-8010 Graz
Austria.
e-mail:  klaus.starl@uni-graz.at

Actualisation

En avril 2017, la ville de York, au nord de l’Angleterre, est devenue l’une des plus récentes villes des droits humains, la première au Royaume uni. “La ville a l’ambition de faire référence aux droits humains dans ses prises dé décision, de promouvoir la prise de conscience et les débats à propos des droits humains et d’assurer que les droits de tous les habitants soient respectés”, a expliqué le York Human Rights City Network (YHRCN).

Depuis 2011, le CGLU (Cités et gouvernements locaux unis) organise chaque année le Forum mondial des villes pour les droits humains. Lors de sa réunion en Corée du Sud en mai 2014, les participants ont adopté les “principes directeurs de Gwangju pour une ville des droits humains”, qui établit les principes et définit une feuille de route pour les villes soucieuses de faire des droits humains un élément central de leurs politiques.

Pour une étude fouillée des expériences des villes des droits humains en Europe, nous vous conseillons le livre Human Rights Cities: Mechanisms, Motivations, Implications. A Case Study of European HRCs, publié en 2013 par le University College Roosevelt et le KKS (Connaissance pour des villes fortes, Pays-Bas). Et Global Urban Justice. The Rise of Human Rights Cities, coordonné par Barbara Oomen, Martha Davis et Michele Grigolo, Cambridge University Press, 2016.