2. F2. Egalité des genres à San Francisco (Etats-Unis)

Ou comment une ville donne des leçons à l’Etat fédéral

Adoptée par l’ONU en 1979, la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW) a été signée par le président Carter en 1980, mais elle n’a jamais réussi à passer l’épreuve du vote au Sénat fédéral, à Washington.
En 1995, à leur retour de la Conférence mondiale des Nations unies sur les femmes qui s’était tenue à Pékin, des militantes féministes de San Francisco, lassées de l’immobilisme du Sénat, décidèrent de lancer une campagne en vue d’assurer la mise en œuvre de la CEDAW au sein de leur ville. En espérant que cet exemple puisse s’étendre à d’autres municipalités et amener finalement les sénateurs à ratifier la Convention.
En 1998, une coalition formée notamment d’Amnesty International, d’ONG féministes (Women’s Foundation, WILD for Human Rights) et de la Commission municipale sur le statut des femmes réussit à faire adopter par le maire une ordonnance locale, inspirée de la CEDAW. «Les Etats-Unis sont le seul des pays industrialisés à ne pas avoir ratifié la Convention, déclara le maire Willie Brown. Nous voulons être un exemple pour le reste de la nation».
La responsabilité de l’application de cette ordonnance fut confiée à un groupe de travail de 11 membres, composé de responsables municipaux et de représentants d’ONG engagées dans la défense des droits des femmes.
Trois domaines d’intervention furent privilégiés : l’analyse de genre des services municipaux, l’étude des horaires de travail et l’élaboration de plans d’action.

1 – L’analyse de genre des services municipaux.
La Commission sur le statut des femmes soumit 7 services municipaux au filtre d’une “ analyse de genre” , afin de déterminer d’éventuelles pratiques discriminatoires, notamment dans la prestation des services, les politiques de recrutement et les allocations budgétaires.
Aux termes de cet exercice, les départements et services furent invités à recueillir les informations pertinentes, à les analyser et à déterminer les manquements. Ils durent ensuite proposer des remèdes, un calendrier et un mécanisme de monitoring de leur mise en œuvre.
Selon Emily Murase, directrice exécutive du Département sur le statut des femmes à la mairie de San Francisco, cette analyse fut accueillie avec scepticisme. «Notre politique de travaux publics est neutre du point de vue du genre», lui avait lancé un fonctionnaire. «Faux, rétorqua Mme Murase, les décisions sont prises d’un point de vue masculin, sans penser suffisamment aux femmes. Prenez l’exemple de l’éclairage public: plus les lampes sont éloignées et plus on enregistre des agressions sexuelles, or les femmes sont, de manière disproportionnée, victimes d’agressions sexuelles. De même pour l’aménagement des passages pour piétons : «si le service des travaux publics ne tient pas compte des poussettes et des chaises roulantes, il désavantage les femmes car ce sont elles qui s’occupent le plus souvent des enfants et des handicapés».
L’analyse de genre permit également au Département des arts de découvrir que son système de loterie utilisé pour accorder des emplacements aux artistes de rue défavorisait les femmes. Il se tenait à des heures matinales pendant lesquelles celles-ci conduisaient leurs enfants à la crèche ou à l’école.

2 – Une étude des horaires de travail
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